Un patrimoine méconnu en France
En France, le karaté, le kung-fu ou le judo sont des noms familiers. On sait beaucoup moins que le Vietnam possède lui aussi une tradition martiale ancienne et structurée, avec ses propres écoles, ses propres lignées et ses propres spécificités techniques.
Cette tradition s'est construite au fil des siècles avec des influences chinoises assimilées puis transformées, jusqu'à donner naissance à des styles proprement vietnamiens. Le pays compte aujourd'hui de très nombreuses écoles régionales, chacune avec son histoire, ses techniques de prédilection et sa transmission propre : un paysage martial d'une richesse rarement documentée en dehors du Vietnam.
Comment se pratique le Võ Cổ Truyền ?
Le Võ Cổ Truyền, l'art martial traditionnel vietnamien, repose sur une progression où chaque étape enrichit la précédente. L'objectif n'est pas seulement d'apprendre des techniques, mais de développer une compréhension du mouvement, du corps et des principes du combat.
L'apprentissage commence par les fondamentaux : les appuis, les déplacements, la coordination et la frappe... Ces bases sont ensuite structurées à travers les quyền (拳), les enchaînements traditionnels qui permettent de mémoriser les techniques, de développer la maîtrise du mouvement et de transmettre le patrimoine martial des différentes écoles.
Les phản thế (反勢), applications réalisées avec un partenaire, permettent ensuite d'explorer la dimension martiale des principes travaillés dans les quyền. Ils donnent une compréhension plus concrète des mouvements en développant la gestion de la distance, le timing et l'adaptation face à une situation.
Cette progression constitue le socle de l'enseignement traditionnel vietnamien.
Les fondamentaux du Võ Cổ Truyền développent les qualités essentielles à toute pratique martiale.
Tấn pháp
Positions & appuis
Bộ pháp
Déplacements & distance
Thân pháp
Coordination & esquives
Thủ pháp
Techniques de bras
Cước pháp
Techniques de jambes
Ces principes sont indissociables : une technique efficace repose toujours sur un bon placement, un déplacement adapté et une utilisation juste du corps. Ils constituent la base nécessaire pour comprendre et développer les techniques propres aux différentes écoles de Võ Cổ Truyền.
Deux temps complémentaires structurent la transmission technique : la forme, puis l'application.
Quyền (拳)
Les enchaînements traditionnels propres à chaque école. Ils permettent de structurer les techniques, de développer la coordination, l'équilibre, la fluidité et la précision du mouvement. Plus qu'un exercice de mémorisation, ils constituent un véritable outil de transmission du patrimoine martial : le pratiquant y apprend progressivement à organiser son corps et à intégrer les principes techniques de son école.
Phản thế (反勢)
Les applications martiales, réalisées avec un partenaire, permettent d'explorer la dimension martiale des principes travaillés dans les quyền. Elles développent le timing, la gestion de la distance, l'adaptation et la compréhension des différentes possibilités techniques face à une situation réelle.
Au Long Son Club, nous avons choisi de faire vivre le Võ Cổ Truyền en créant un lien permanent entre les arts martiaux vietnamiens traditionnels, la boxe vietnamienne et la self-défense.
Ces disciplines ne sont pas enseignées comme des pratiques séparées. Elles reposent sur des principes communs : la qualité des appuis, les déplacements, la gestion de la distance, la frappe...
La boxe vietnamienne développe le travail du rythme, des déplacements, de la gestion de la distance et de l'adaptation dans un cadre d'opposition libre. Elle permet de développer des qualités essentielles comme la réactivité, la mobilité, la précision et la capacité à prendre des décisions face à un partenaire.
Les techniques traditionnelles du Võ Cổ Truyền enrichissent cette pratique en apportant d'autres solutions martiales, issues de la richesse des écoles traditionnelles : saisies, projections, contrôles, étranglement... Elles permettent d'approfondir la compréhension du mouvement et d'élargir les possibilités techniques du pratiquant.
Cette complémentarité permet de construire une approche cohérente : la tradition apporte la richesse technique, la boxe vietnamienne développe les qualités du combat en opposition, et leur association permet une self-défense cohérente et adaptée aux réalités d'aujourd'hui.
Ce qui nous distingue
Membre de l'école Minh Long, notre enseignement s'appuie depuis plus de vingt ans sur des voyages d'études et des entraînements intensifs au Vietnam, à la rencontre de nombreux maîtres de styles traditionnels et de centres d'entraînements fédéraux, à travers des immersions de plusieurs semaines à plusieurs mois.
La province de Bình Định, en particulier, est reconnue mondialement comme le berceau des arts martiaux traditionnels de l'ancien Annam.
Cette expérience directe, acquise au contact des écoles vietnamiennes elles-mêmes, nourrit l'enseignement transmis chaque semaine au Long Son Club à Rennes.
Stage au centre régional de formation à Saigon
Immersion dans le dernier style enseigné à la cour impériale de la dynastie des Nguyen
Travail avancé des armes traditionnelles : la double épée dans l'école Pham Co Gia
Une transmission directe issue des écoles traditionnelles du Vietnam - Trung Son vo dao
Technique de sabre et bouclier dans la région de Binh Dinh - Ecole Pham Kiem
Comprendre les origines
Le Võ Cổ Truyền ne forme pas un bloc uniforme : la tradition distingue cinq grandes familles, chacune née d'un milieu social et d'une nécessité historique propres. De la cour impériale aux villages de rizières, ces cinq courants racontent qui pratiquait, pourquoi, et comment l'art se transmettait.
Le monde martial & les lignées de maîtres
Võ Lâm signifie littéralement « forêt martiale ». Contrairement à l'image romantique des romans chinois de chevalerie, ce terme ne désigne pas les forêts sauvages du Vietnam, mais le monde des pratiquants d'arts martiaux : maîtres, écoles et lignées transmises en dehors des institutions officielles — maîtres itinérants, familles martiales, écoles secrètes.
Transmission : par relation maître-disciple, par lignées familiales (tông môn) ou par écoles (môn phái). Certaines traditions conservent des enseignements internes (bí truyền) sur les armes, le combat rapproché ou les méthodes thérapeutiques.
La cour impériale & la science militaire
Võ Kinh incarne la dimension savante et institutionnelle de l'art martial vietnamien : le guerrier devait aussi être un homme de stratégie, capable de comprendre les traités militaires (Binh Pháp) et l'organisation des armées. Les dynasties développèrent des formations et des concours officiels (võ cử) pour sélectionner leurs officiers, où l'on étudiait le maniement des armes, l'équitation, le tir, la stratégie et la discipline militaire.
Transmission : par les institutions militaires, les écoles officielles et les familles de militaires.
Le combat organisé & le champ de bataille
Trận signifie formation, dispositif ou bataille. Le Võ Trận est l'art martial adapté aux réalités de la guerre : celui du soldat, de la troupe et de la défense collective. Son objectif n'est pas la seule victoire individuelle, mais l'efficacité au sein d'un groupe organisé — armes longues (giáo, thương, bâtons), mouvements adaptés aux formations, endurance et discipline.
Transmission : par les armées, les milices locales et les traditions martiales régionales. La région de Bình Định est notamment célèbre pour avoir conservé une forte culture martiale liée aux traditions militaires et aux armes traditionnelles.
Les villages & la tradition populaire
Dans les campagnes vietnamiennes s'est développé un art profondément lié à la vie quotidienne, souvent appelé Võ Ta, « notre art martial ». Le village était à la fois un lieu de vie, de défense et de transmission : protection du village, défense personnelle, entraînement des jeunes générations — parfois à l'aide d'outils agricoles adaptés au combat (bâton/côn, faucille, perche).
Transmission : par les familles, les maîtres locaux et les communautés villageoises, souvent dans un cadre discret mais intégré à la vie sociale.
Les traditions martiales & les monastères
Tăng désigne les moines. Le bouddhisme vietnamien a aussi participé à la culture corporelle du pays à travers la discipline du corps, la méditation et les pratiques de santé. Contrairement au mythe des grands monastères guerriers chinois, les temples vietnamiens n'ont pas constitué une caste permanente de moines combattants — mais certains religieux ont développé des pratiques physiques, énergétiques et défensives : travail du souffle (Khí công), méditation en mouvement, exercices corporels, médecine traditionnelle.
Transmission : au sein des communautés religieuses, par les maîtres spirituels et par les échanges avec les traditions martiales civiles.
Un héritage vivant
Ces cinq familles ne sont pas des catégories étanches : les écoles traditionnelles actuelles, dont celles fréquentées par le Long Son Club au Vietnam, ont hérité et mêlé plusieurs de ces courants — du pragmatisme du Võ Trận à la richesse interne du Võ Tăng. Au fil de l'histoire, et notamment lors des périodes de clandestinité imposées par la répression puis la colonisation, ces courants se sont mêlés au sein des mêmes lignées familiales.
Patrimoine martial vietnamien
Les dix-huit disciplines des arts guerriers vietnamiens
Dans le Võ Cổ Truyền Việt Nam, l'étude des armes occupe une place majeure dans la transmission des traditions martiales. Les différentes armes permettent au pratiquant de développer des qualités essentielles : précision, puissance, mobilité, coordination et maîtrise de la distance.
Cette richesse technique est traditionnellement associée à la notion de Thập Bát Ban Võ Nghệ (十八般武藝), les « dix-huit disciplines des arts guerriers ». Cette expression désigne l'ensemble des connaissances martiales nécessaires à la formation d'un guerrier accompli, capable de comprendre les principes propres aux différentes catégories d'armes.
Les Khoa Thi Võ, examens militaires de l'État vietnamien
À l'image de la Chine impériale, le Vietnam développa des institutions militaires destinées à former et sélectionner ses officiers. Les Khoa Thi Võ (examens militaires) avaient pour objectif d'évaluer les compétences nécessaires au métier des armes : maîtrise des techniques martiales, maniement des armes, tir, équitation, qualités physiques et connaissances stratégiques.
Dans ce contexte, la maîtrise de différentes armes représentait un élément essentiel de la formation du guerrier. Le concept des Thập Bát Ban Võ Nghệ illustre cette recherche de polyvalence : connaître plusieurs familles d'armes permettait d'acquérir une compréhension globale des principes du combat.
Les armes traditionnelles vietnamiennes répondent aux différentes exigences du combat : atteindre l'adversaire à distance, contrôler l'espace, développer la puissance d'impact, utiliser la rapidité du geste ou assurer la protection du combattant. Cette diversité reflète les réalités du combat ancien, où le guerrier devait s'adapter aux différentes situations rencontrées sur le terrain.
Dans certaines traditions martiales vietnamiennes, notamment celles issues de Bình Định – Sa Long Cương, les armes sont regroupées en cinq grandes familles.
Précision, concentration, maîtrise de la distance
Les armes de tir permettent d'agir à distance et demandent précision, concentration et maîtrise du geste.
Ces armes illustrent l'importance de la précision et du contrôle de la distance dans les arts guerriers vietnamiens.
Rapidité, précision, enchaînement attaque/défense
Les armes tranchantes utilisent une lame pour les actions de coupe, de taille et d'estoc. Elles demandent rapidité, précision et maîtrise des déplacements.
Leur étude développe la fluidité du mouvement, la coordination et la capacité à enchaîner attaque et défense.
Stabilité, puissance, contrôle de l'espace
Les armes d'hast utilisent une longue hampe afin de contrôler la distance et l'espace de combat.
Ces armes développent la stabilité, la puissance du mouvement et la maîtrise du déplacement.
Force, impact, transmission de la puissance
Les armes de choc recherchent principalement l'impact et la puissance. Elles nécessitent une excellente structure corporelle et une grande maîtrise de l'énergie du mouvement.
Leur pratique développe la force, le contrôle et la capacité à transmettre efficacement la puissance.
Placement, défense active, contre-attaque
Les armes de couverture (binh khí phòng thủ) regroupent les armes destinées à protéger le pratiquant, détourner les attaques et créer des opportunités de contre-attaque.
Ces armes développent le placement, la défense active, la mobilité et la capacité à transformer une action défensive en réponse offensive.
Le canon des 18 disciplines n'a jamais disparu — mais il a changé deux fois de refuge. Une première fois en 1802, quand la chute des Tây Sơn et l'avènement de la dynastie Nguyễn font cesser les concours militaires et contraignent le Võ Trận à se dissimuler sous l'appellation neutre d'« arts martiaux de Bình Định ». Une seconde fois entre 1858 et 1884, quand la conquête puis la colonisation française achèvent de faire basculer sa transmission dans la clandestinité. À chaque fois, l'art quitte les casernes et les académies impériales pour se réfugier au cœur des villages (làng võ) et des écoles familiales privées (Võ Đường), où il ne se transmet plus qu'en secret, de père en fils.
Cette histoire ne s'écrit pas dans une seule province. Le Nord reste la matrice institutionnelle la plus ancienne, berceau des académies militaires impériales et des concours de mandarins sous les dynasties Lý et Trần. C'est à Bình Định, au Centre, que Nguyễn Huệ — devenu l'empereur Quang Trung — synthétise ces héritages épars en un standard national, imposant son apprentissage à toute son armée : un rôle de codification qui vaut aujourd'hui à la province d'être présentée comme le « berceau » du Võ vietnamien, même si elle en est surtout l'aboutissement stylistique et le symbole patriotique le plus vivant. Le Sud, enfin, naît autrement : au fil des vagues de peuplement vers le delta du Mékong puis des exodes du XXe siècle, des maîtres originaires de Bình Định, de Quảng Nam et de Đà Nẵng essaiment vers le Sud, où leur savoir se mêle à des apports chinois, chams et khmers pour nourrir le grand courant du Võ Lâm — l'un des cinq systèmes historiques du Võ, aux côtés du Võ Kinh, du Võ Cổ Truyền, du Võ Phật Gia Quyền et du Võ Thiếu Lâm Tự.
Cette double rupture, puis cette dispersion à travers tout le territoire, ont profondément modifié la nature même des armes et de leur pratique. De cette clandestinité prolongée est né le paradoxe qui traverse encore la discipline aujourd'hui : la tension entre l'esthétique, patiemment codifiée pour survivre et se transmettre à l'abri des regards, et l'efficacité martiale d'origine, née sur le champ de bataille.
Un héritage martial vivant
Aujourd'hui encore, les armes traditionnelles occupent une place importante dans le Võ Cổ Truyền Việt Nam. Leur pratique ne consiste pas seulement à reproduire des techniques anciennes : elle permet au pratiquant de développer la précision du geste, la coordination, la discipline et la compréhension des principes martiaux. À travers les bài binh khí (formes avec armes), chaque arme transmet une manière particulière de comprendre le mouvement, la stratégie et l'esprit du Võ — les Thập Bát Ban Võ Nghệ incarnant la richesse d'un patrimoine où chaque arme est une voie d'apprentissage et une expression de l'identité du Võ Cổ Truyền Việt Nam.
Au Long Son, la tradition n'est pas figée. Elle se pratique aux côtés d'applications contemporaines : self-défense actuelle, préparation physique, et une discipline née plus récemment de cette même culture martiale (vers les années 30) : la boxe vietnamienne.
L'expression sportive de la tradition
Apparue dans les années 1930 et développée depuis au Vietnam, la boxe vietnamienne s'est imposée à la fois comme pratique culturelle et comme discipline sportive moderne. Elle constitue aujourd'hui l'un des visages les plus dynamiques des arts martiaux vietnamiens.
Début du XXe
L'arrivée de la boxe anglaise
Pendant la période coloniale, les Français introduisent la boxe anglaise en Indochine : gants, rounds, ring et règles codifiées. Les maîtres vietnamiens y découvrent un format de confrontation inédit, radicalement différent des duels traditionnels.
Années 1920–30
Les écoles montent sur le ring
Loin de rejeter ce format importé, les écoles traditionnelles s'en emparent : elles adaptent leurs techniques de percussion au cadre du ring et développent le combat sportif (võ đài), où les lignées confrontent leur savoir-faire lors de défis publics.
L'âge d'or
Chợ Lớn, capitale du võ đài
Le quartier de Chợ Lớn, à Sài Gòn, devient l'épicentre de cette effervescence : ses rings voient s'affronter boxeurs et representatives des écoles vietnamiennes et sino-vietnamiennes devant des foules passionnées. Cet âge d'or forge la réputation des grands maîtres et ancre durablement la culture du combat sur ring au Vietnam.
Au Long Son Club, le cours du lundi est entièrement consacré à la boxe vietnamienne.
Découvrir la boxe vietnamienne à Rennes →Une transmission qui dépasse Rennes
L'école dont se réclame le Long Son Club est représentée à la fois au Vietnam, en France et dans plusieurs autres pays (Maroc, Espagne, Brésil, Algérie...). Cette présence internationale s'inscrit dans la continuité directe des écoles et maîtres formés au Vietnam, et renforce la légitimité de l'enseignement transmis à Rennes.
Vos questions
Le Võ Cổ Truyền désigne les arts martiaux traditionnels vietnamiens et les différentes écoles qui composent cet héritage. Le terme Viet Vo Dao est plus large et peut, selon les contextes, désigner une philosophie, un mouvement ou certaines fédérations et styles développés en dehors du Vietnam. Le Long Son Club s'inscrit dans la transmission du Võ Cổ Truyền, tout en restant ouvert aux évolutions contemporaines.
Oui. Chaque année une partie des élèves commencent sans aucune expérience préalable.
Oui. Les armes traditionnelles font partie du cursus des arts martiaux vietnamiens et sont enseignées aux élèves qui souhaitent approfondir la pratique traditionnelle.
Non. Vous pouvez débuter soit par le cours de boxe vietnamienne, soit par le cours général d'arts martiaux vietnamiens. Les deux approches sont complémentaires et, lorsque cela est possible, nous recommandons de les pratiquer ensemble.
Non. Le cours général d'arts martiaux vietnamiens du Long Son Club repose sur une approche complémentaire qui associe le volet traditionnel et la boxe vietnamienne. Les techniques traditionnelles et le travail en opposition s'enrichissent mutuellement afin de proposer une pratique cohérente et complète.
Oui. La self-défense fait partie de notre approche des arts martiaux vietnamiens. Elle s'appuie sur les principes du Võ Cổ Truyền et sur le travail en opposition développé par la boxe vietnamienne afin de proposer une pratique cohérente et adaptée aux réalités d'aujourd'hui.
Oui. Dans notre pédagogie, les arts martiaux vietnamiens traditionnels apportent des solutions techniques complémentaires qui viennent enrichir le travail en opposition de la boxe vietnamienne. Cette association permet de développer une approche de la self-défense plus complète et adaptée aux réalités d'aujourd'hui.